huong

Publié le 8 Février 2016

"Le singe stimule l'humour et l'esprit."... "C'est le moment d'oser être différent."... "L'année du singe est le moment idéal pour prendre des risques et exprimer son côté rebelle."... "Montrez-vous inventif et ne regardez pas en arrière."...

Bon. Plutôt réjouissant, à première vue. A condition de croire à ces fadaises, naturellement, ce qui n'est pas mon cas: je n'ai pas attendu ces simiesques recommandations pour prendre des risques, et d'abord celui de tout lâcher pour venir vivre ici, au Vietnam.

Je n'ai pas non plus attendu que le jour du Tet soit arrivé pour me retrouver à Hue, comme il se doit en pareil cas. J'ai dû, en revanche, attendre qu'il soit minuit pour entendre toutes les pagodes de la ville faire sonner leurs gongs dans un ensemble parfait. J'aime particulièrement sentir ces vibrations nocturnes qui marquent le passage à la nouvelle année: elles sont l'écho d'une très vieille sagesse...

huong

Le Tet, donc.

Trois jours durant lesquels il est parfois donné d'assister à des scènes pour le moins étranges, en tout cas pour le profane.

J'étais en visite dans la parentèle, comme c'est la coutume. Naturellement, de très nombreuses offrandes avaient été disposées devant l'autel des ancêtres, véritable centre névralgique de toute la maisonnée, surtout en ces jours de festivités familiales, festivités auxquelles sont conviées les âmes des défunts... Tout aussi naturellement, des baguettes d'encens avaient été mises à disposition des visiteurs: c'est ainsi qu'il convient de presenter ses devoirs à ses aïeux. Manquer à cette civilité élémentaire, c'est prendre le risque de s'attirer le céleste courroux... Et entendons-nous bien, ce risque-là, il n'aurait pas fallu en imputer la responsabilité aux singes, fût-ce en cette année qui est la leur...

D'ordinaire, le "cérémonial de l'encens" consiste tout simplement à présenter trois baguettes devant l'autel, en se prosternant, les mains jointes: geste ultra-consacré s'il en est.

Ce qui m'a été donné de voir n'en était que plus étonnant.

Imaginez un peu: un brave paroissien (une sorte de cousin à la mode de Bretagne), ses trois baguettes dans la main, dansant devant l'autel, dans des mouvements continus de va-et vient. "Que lui arrive-t-il?", ai-je fini par demander, pour le moins intrigué. "C'est l'âme de sa grand-mère qui a pris possession de son corps", me répond-on, sur un ton blasé, comme si c'était la la chose la plus naturelle du monde.

Ah!...

Et je n'étais pas au bout de mes surprises car tant qu'à prendre possession du corps du cousin, cette vénérable aïeule lui avait carrément emprunté sa voix, en usant pour faire-valoir ses prérogatives et tout régenter à sa guise. Là où les choses sont devenues franchement croquignolesques, c'est lorsque'elle (la défunte grand-mère, donc!) a enjoint l'un de ses illustres descendants d'aller enfiler une chemise propre et que celui-ci s'est aussitôt exécuté, avec des airs de collégien pris en faute.

Heureusement pour moi, elle (la défunte grand-mère, toujours!..) ne m'a pas tenu rigueur de la barbe de trois jours que j'arborais ce jour-là. Sans doute me tenait-elle pour du menu fretin: "un vague cousin par alliance, et français par-dessus le marché"...

Ouf!... C'est que j'y tiens a ma barbouze: elle me confère un tel charme exotique, en ces contrées!...

Rédigé par Duong Thi Thuy & Didier Latroupe

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article