may xua

Publié le 13 Février 2008

Ce fameux Têt, donc!


Arrivé la veille à Hue. Ultimes préparatifs: embouteillages homériques - flot ininterrompu, carnavalesque et pétaradant, qui parvient fort heureusement à couvrir les vagissements d'une chanteuse en paillette, plantée sur une estrade au beau milieu de l'indifférence générale... C'est tant mieux pour moi, et tant mieux aussi pour les rats! C'est aussi leur fête, après tout, et ils n'ont tout de même pas mérité ça!

premier jour

Courtoisies du matin, de ce premier matin de l'an neuf, tellement cruciales pour les mois à venir: sourires de circonstance - convenances - étrennes...

Pelerinage aux tombeaux de la famille, ensuite - bâtonnets d'encens que l'on plante en s'inclinant trois fois, les mains jointes, comme le veut la coutume - bâtonnets d'encens que l'on distribue généreusement aux autres défunts, tout autour: c'est qu'ici, chez les morts, il ne faut surtout pas négliger les relations de bon voisinage, c'est absolument capital (bien plus, d'ailleurs, que chez les vivants, à en juger par le tragico-vaudevillesque des chamailleries et commérages de quartier!)...

Après quoi, visites: chassé-croisé harassant. On retrouve à midi le frère que l'on avait quitté le matin chez le cousin, celui-là même que l'on croisera le soir chez l'oncle, à moins que ce ne soit l'inverse! Tenues endimanchées - conversations bruyantes - politesses, "Chuc mung nam moi!" (Je vous souhaite une bonne année!)... Thé - alcool - douceurs en tous genres et confiseries: pâtés de porc au poivre - graines de pastèques à foison - tamarins et gingembres confits, et comme l'exotisme a ses charmes bien à lui... tendons de boeufs marinés au piment!...

Le soir, détour par la pagode Duc Son: une enveloppe à remettre ab-so-lu-ment! Orphelinat: 200 pensionnaires environ, de la maternelle au lycée, que couve un régiment de bonzesses aux visages angéliques. La Supérieure assure que le problème le plus urgent, ce sont les inondations: elle a raison, plus d'un mètre d'eau, déjà, l'automne dernier... et que dire de 1999? Une lettre de doléance à porter à Hanoi? Bon, on essaiera, bien sûr! Moi, ce qui me frappe le plus, c'est Nhan, 4 ans, cheveux en bataille, l'air un peu perdu, qui est venu se blottir dans mes bras, l'air de me dire: "emmène-moi avec toi!". Il y en a même qui auront passé toutes les festivités à guetter vainement la venue d'un proche, leurs petites mains obstinément accrochées aux fenêtres...

deuxième jour

La maison de cette tante un peu délaissée: murs décrépis - piliers de bois sombres, gravés - derrière l'autel, d'admirables fresques murales... Boiseries criblées d'impacts: 1968! La vieille femme qui est toute étonnée: elle était persuadée que je ne viendrais jamais jusqu'ici. Et pourtant... Regard usé, traits fanés, mais d'une finesse!... Bonheur simple et vrai. Elle en est heureuse, je crois. Moi aussi.

troisième jour

Cette sépulture, là, en sortant? Ca a l'air très ancien, dites-moi! Ah!... C'est une concubine de l'empereur Minh Mang! Décapitée, diantre! Quoi? Parce qu'elle a osé baiser le front du monarque? Familiarité déplacée! Bon, bon!... Toute une époque!

Ici aussi, on a mis des fleurs et de l'encens.

 

 

 

Rédigé par Duong Thi Thuy & Didier Latroupe

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