pho

Publié le 7 Février 2009

Visité le musée d'ethnographie, ces derniers temps. Déambulé plus d'une heure durant d'une vitrine à une autre. Collections absolument splendides, au demeurant: masques primitifs, aux faciès inquiétants, aux visages émaciés et légèrement concaves, percés de petits yeux d'obsidienne qui ont conservé tout leur pouvoir d'envoûtement - statuettes sans âge, sculptées dans des troncs millénaires (totems?) - objets rituels... Episodes de la vie quotidiennes scrupuleusement reconstitués, avec toutes les explications nécessaires au profane. Tout ça présenté avec un zèle et une minutie qui feraient pâlir de jalousie un horloger suisse. Une réussite incontestable, donc, comme l'atteste d'ailleurs la plaque de marbre, dans le hall d'entrée, qui rappelle au visiteur que les lieux ont été inaugurés en 1997 par Jacques Chirac en personne. On ne se refuse rien, ici.


Il n'empêche. Senti poindre une sorte de malaise grandissant, au milieu de toute cette mise en scène si bien ordonnée. Il faut dire que pour avoir voyagé moi-même (très brièvement, il est vrai) là où vivent justement certaines de ces ethnies que les autorités se font un "devoir" de qualifier de "minoritaires", j'ai pu mesurer à quel point l'industrie touristique pouvait être destructrice, et combien les ravages qu'elle provoque étaient sans doute irrémediables. Ce que j'ai pu voir là-bas s'apparente à un véritable zoo humain, convenons-en. Ecoeurant et révoltant... Alors ce musée?... Me suis remémoré (fort à propos, c'est à craindre) ces quelques mots de Claude Lévi-Strauss: "Pauvre gibier pris au piège de la civilisation mécanique... tendres et impuissantes victimes, je peux me résigner à comprendre le destin qui vous anéantit, mais non point être dupe de cette sorcellerie plus chétive que la vôtre, qui brandit devant un public avide des albums en kodachrome remplaçant vos masques détruits..."

 

 

 

Rédigé par Duong Thi Thuy & Didier Latroupe

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article