pho

Publié le 27 Juillet 2009

Question arts culinaires, le Vietnam a de quoi tenir la dragée haute à bien des nations, et ne serait-ce qu'en termes de raffinement et de variété, la gastronomie qui s'y pratique n'a rien à envier à celles du Japon ou à de la Corée, pour ne parler que de l'Asie. Terre d'agapes et de bonne chère. De la frontière chinoise jusqu'au delta du Mékong, c'est partout la même exubérance et le même hédonisme bon enfant dès lors qu'il s'agit de flatter les palais, et à la seule évocation d'un bol de pho, les papilles se dilatent. Il faut dire que l'histoire aidant, il n'en a pas toujours été ainsi (loin s'en faut), et qu'aujourd'hui, il est de bon ton de faire bombance, sans doute pour rattraper le temps perdu.


"Un pays qui produit plus de 365 sortes de fromages est ingouvernable", assurait le grand Charles. Gageons que l'oncle Ho aurait très bien pu reprendre la sentence à son compte: impossible d'énumérer tous les mets qui de Hanoï à Saïgon, conspirent à façonner une espèce de géographie gustative. Il suffit de savoir que chaque localité fait grand cas de ses spécialités, et qu'une soupe Hu Tieu, par exemple, ne se déguste que dans le sud, de même qu'on ne trouve de nem lui ou de banh khoai dignes de ce nom qu'à Huê, qu'on se le dise!

Mais s'il est en tout cas une chose dont on peut parler sans prendre le risque de s'égarer, c'est de cette convivialité incomparable, méli-mélo de pouillerie chaleureuse, d'odeurs de graillon et d'épluchures, qui fait pousser des cris d'orfraie ou qui enchante, selon que l'on est très à cheval sur la propreté ou pas du tout. Il faut avoir au moins une fois mangé dans une de ces inénarrables petites cambuses de rue, au milieu des commères et de leurs paquets, pour comprendre tout ce qui fait le charme d'un mode de vie résolumment populaire, dans le meilleur sens du terme.  C'est moite, c'est crasseux, ça pue, mais... ah oui, mais...

Et tous les chinatown du monde entier auront beau faire, que ce soit dans le treizième arrondissement ou à San-Francisco, il leur manquera toujours "quelquechose". Il leur manquera toujours de ces petits riens qui à force d'imprégnation, participent à ce "mal jaune", à cette espèce de nostalgie presque fiévreuse, mélange d'effluves et de lumières, que l'on retrouve avec délice dans les récits de Lucien Bodard, de Graham Greene, et de tant d'autres encore: c'est qu'ils sont nombreux à avoir succombé aux maléfices de ce pays, tiraillés qu'ils étaient entre dégoût et fascination.

Silence rêveur...

 

 

 

Rédigé par Duong Thi Thuy & Didier Latroupe

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